16/04/2013

Préparer sa journée.

 

"La journée que vous venez de vivre détermine la nuit que vous allez passer, mais la façon dont vous vous préparez au sommeil va également déterminer le jour suivant. Chaque soir, avant de vous coucher, recueillez-vous un moment en laissant de côté tout ce qui vous a préoccupé ou troublé au cours de la journée. Pensez ensuite aux erreurs que vous avez pu commettre, afin que les esprits lumineux vous inspirent durant votre sommeil la meilleure manière de les réparer. Enfin, au moment de vous endormir, abandonnez-vous sans crainte à l'Ange de la mort. L'Ange de la mort, c'est le nom que la Kabbale donne à l'Ange du sommeil, car chaque soir nous mourons, et chaque matin nous ressuscitons. S'endormir, quitter le corps physique, est un exercice que nous pratiquons chaque nuit, afin d'être prêt pour le jour où nous devrons véritablement partir dans l'autre monde. Celui qui ne sait pas comment s'endormir ne saura pas mieux mourir. Il n'existe aucune différence entre le sommeil et la mort, sauf que, lorsqu'on meurt, on quitte définitivement la maison que l'on habitait. Pendant le sommeil, on la quitte également, mais un lien subsiste: la corde d'argent qui nous retient à elle.

Il faut comprendre la nécessité de se préparer chaque soir au sommeil comme pour un voyage sacré, afin d'être prêt un jour pour cet autre voyage tellement plus décisif: la mort. Car combien de gens n'arrivent pas à se détacher de leur corps physique! Les liens sont là, puissants, qui les retiennent. Vivants, ils n'ont pas eu dans leur cœur, dans leur âme, le désir de découvrir d'autres espaces et d'aller vers Dieu; ils ne pensaient qu'aux affaires matérielles, à l'argent, aux plaisirs, comme si toute la vie était là, comme si rien d'autre n'existait. Alors, comment peuvent-ils accepter d'abandonner tout cela? Ils rôdent autour de leur corps, autour des lieux où ils ont vécu, des êtres qu'ils ont connus, et ils souffrent terriblement, bien que des esprits lumineux, serviteurs de Dieu, viennent les aider à se libérer. D'autres, au contraire, quittent instantanément leur corps physique comme un vieux vêtement usé qu'ils laisseraient tomber pour entrer dans un vêtement de lumière.

D'ailleurs, en attachant tellement d'importance au fait de réconcilier un mourant avec le Ciel par le sacrement de l'Extrême-Onction, l'Église chrétienne se conforme à cette tradition très ancienne d'après laquelle ceux qui quittent le corps physique sans la lumière de l'existence de Dieu et de l'autre monde errent dans les régions obscures de l'au-delà, en proie à de grandes souffrances. C'est pourquoi aussi ceux qui restent sur la terre, les parents, les amis, au lieu de s'abandonner à des regrets et des chagrins qui retiennent le mort dans les couches inférieures du plan astral et l'empêchent de se libérer, doivent prier pour faciliter son départ.

Et de même que le moment où vous vous endormez est important pour la journée du lendemain, le moment de la mort est aussi essentiel pour l'incarnation suivante: l'attitude du mourant agit dans l'autre monde jusqu'à son incarnation prochaine, car rien, aucun phénomène, aucune pensée, aucun sentiment, aucun acte, ne peut exister isolément; chacun a une cause et produit des conséquences plus ou moins lointaines. C'est ce que vous pouvez observer chaque jour dans votre existence. Supposez que vous ayez passé une bonne journée, mais voilà qu'au moment où vous allez vous coucher, il se produit un incident qui vous inspire tristesse et découragement. Le lendemain, au réveil, vous pourrez certainement constater que ce que vous aviez vécu de bon la veille a disparu, remplacé par une impression désagréable. Le dernier moment a donc été plus important, plus significatif que toute la journée. Supposez, au contraire, que vous ayez toute la journée assez mal vécu, mais qu'avant de vous abandonner au sommeil, vous parveniez, par des prières et un effort de la pensée, à vous endormir paisiblement: ces derniers moments nettoient tout en vous, ils vous purifient si bien que, le lendemain, vous vous éveillez dans les meilleures dispositions.

L'homme est habité par des "ouvriers" qui utilisent tout ce qui se passe en lui à la frontière entre la veille et le sommeil comme des forces de construction ou de destruction. C'est pourquoi, méfiez-vous, ne vous couchez pas avec des préoccupations négatives, car elles détruiront tout ce que vous avez acquis de bon pendant la journée. Avant de vous endormir, mettez au moins une pensée, une inspiration, une image lumineuse dans votre tête et dans votre cœur: vous vous réveillerez le lendemain matin purifié, régénéré.

Évidemment, je ne dis pas cela pour que vous pensiez qu'on peut vivre n'importe comment pendant la journée à condition de faire une prière avant de s'endormir, ou que c'est au moment de mourir qu'on effacera toutes les mauvaises actions de sa vie. Non, car en agissant ainsi, vous aurez toujours tous les diables en vous, comme le moine de cette anecdote. Oui, dans un couvent, il y avait une fois un brave moine qui buvait, buvait... Grâce à lui, le niveau du vin dans les tonneaux baissait rapidement. Un peu penaud, bien sûr, il faisait chaque soir sa prière en demandant pardon à Dieu; après quoi, apaisé, il s'endormait tranquillement... Jusqu'au lendemain, où il recommençait. Cela continua ainsi des années... Or, un soir, il oublia sa prière, et voilà que pendant la nuit, il sent quelqu'un qui le secoue en disant: "Hé, tu n'as pas fait ta prière ce soir. Allez, debout, dépêche-toi, tu dois prier!" Il s'éveille, se frotte les yeux, et qui voit-il?... Le Diable! Oui, c'était le Diable qui le réveillait, car c'était lui qui le poussait à prier tous les soirs pour éviter qu'il ne se corrige. Grâce à ses prières, le moine avait la conscience tranquille et, le lendemain, il recommençait ses bêtises pour la plus grande joie du Diable. L'histoire ajoute que, lorsque le moine comprit cela, il fut tellement effrayé qu'il renonça pour toujours à boire.

Quant à vous, même si vous n'avez pas mené pendant la journée une existence parfaite, il est quand même très important, avant de vous endormir, d'arriver à vous apaiser et à vous lier au Ciel. Prêtez une grande attention à cela, car c'est la nuit, durant le sommeil, que les forces psychiques font un travail en profondeur dans le subconscient.

La veille et le sommeil, la vie et la mort, et aussi le visible et l'invisible, le jour et la nuit: voilà des questions sur lesquelles vous ne devez jamais cesser de vous pencher. Oui, étudiez le sens profond du jour et de la nuit. La nuit est le domaine du non-manifesté, de l'invisible, le jour celui de la manifestation, du visible; et la manifestation dépend du non-manifesté, comme le jour dépend de la nuit. Avant de naître, l'homme se trouve dans la nuit, et tout se prépare dans cette nuit. C'est dans l'obscurité du sein maternel qu'il construit son corps: ses poumons, son cœur, son cerveau... Si cette construction s'est mal effectuée, toute sa vie à venir est compromise, car le jour, la vie terrestre, dépend de cette nuit qu'est la gestation.

C'est dans la nuit que se préparent les événements qui se produiront pendant le jour, car tout phénomène matériel n'est que la concrétisation de phénomènes non matériels. C'est ce qui explique qu'un clairvoyant puisse prédire les événements à venir: parce qu'il les a déjà vus réalisés dans le monde invisible. Il faut un certain temps pour que ces événements atteignent le plan physique, mais ils l'atteignent nécessairement car ils sont déjà inscrits en haut. Regardez un serpent: sa queue passe toujours là où est passée sa tête. La tête représente l'idée, le projet, et la queue représente sa réalisation, la concrétisation des événements qui ont déjà eu lieu dans le monde subtil.

Vous avez peut-être fait vous-même cette expérience: en parlant avec une personne au cours de la journée ou en faisant certains gestes, vous vous êtes peut-être souvenu soudain d'avoir tenu en rêve, la nuit précédente, cette même conversation ou fait ces mêmes gestes. Oui, car ce que nous faisons pendant le jour peut être la répétition de ce que nous avons fait pendant la nuit dans le plan astral.

Toute manifestation peut être comparée au dévidage d'une pelote de fils formée par des brins de couleurs différentes. La manifestation représente le déroulement des fils, mais les fils ne seront que ceux qui ont déjà été enroulés. Ainsi, si vous n'avez rien préparé dans votre tête à l'aide de la sagesse, n'espérez pas tirer la sagesse de votre cervelle. Tout ce que l'on veut manifester doit avoir été préparé longtemps à l'avance. Ne vous y trompez pas: sans avoir longuement travaillé dans la nuit, dans l'invisible, vous ne produirez rien de véritablement achevé dans le visible.

Ce que je vous dis là est d'une valeur inestimable pour votre évolution. Certains ne le sentiront peut-être pas tout de suite; cela viendra, mais qu'ils n'attendent pas, pour sentir cela, le moment où ils quitteront la terre, ce sera un peu tard. Ce n'est pas au moment où on part pour l'autre monde qu'il faut apprendre ces vérités."

Omraam Mikhaël Aïvanhov

(D'après une publication de Christophe Roccy | Illustration ©Takaki)

Les commentaires sont fermés.