22/02/2013

Le che­min dans l’au-delà-Wer­ner Hue­mer

 

 

 Un par­cours ver­ti­gi­neux à tra­vers son exis­tence terrestre

Qu’advient-il après la mort ?

Le mou­rant gisait sur son lit et res­pi­rait péni­ble­ment. Son incon­fort phy­sique appro­chait de son point culmi­nant. Les unes après les autres, lentes et faibles, ses pen­sées se for­maient en images.

Dans ce déta­che­ment pro­gres­sif, une rêve­rie sem­blable au som­meil, les mou­ve­ments de sa vie inté­rieure ne par­ve­naient plus à se mani­fes­ter. Aucun sou­rire ne jouait sur son visage, et il n’avait plus de larmes. La vie de son corps épuisé ne tenait plus qu’à un fil.

L’amour de sa femme, sa pré­sence per­cep­tible, n’étaient-ils pas ce qui l’empêchait encore de prendre son ultime déci­sion, celle de lâcher prise ? Dès que sa femme eut quitté la chambre, et que la cha­leur de sa pré­sence s’estompa, il s’abandonna.

  Ce fut alors comme si une vie ardente le tra­ver­sait sou­dain. Un par­cours ver­ti­gi­neux à tra­vers son exis­tence ter­restre com­mença, fai­sant remon­ter avec force à sa conscience tous les faits saillants et signi­fi­ca­tifs de sa vie passée.  

 

Et tout ce qui avait, au cours de sa vie ter­restre, mar­qué son âme d’une empreinte indé­lé­bile était main­te­nant pré­sent, et en même temps com­pris par tous ses sens, avec une totale luci­dité. De la même façon, sans aucun doute ni aucune illu­sion de sa part, ce qui était bien comme ce qui ne l’était pas était devenu évident.

Dans l’instant qui sui­vit, – et ce ne pou­vait être qu’un très court ins­tant – il enten­dit le méde­cin de ser­vice le décla­rer mort.

Simul­ta­né­ment, il se sen­tit plein de force et il lui sem­bla pas­ser à tra­vers un tun­nel sombre.

Ensuite, il ne per­çut plus qu’un bour­don­ne­ment sourd et péné­trant, jusqu’à ce que sou­dain il se retrouve dans son entou­rage fami­lier : la chambre d’hôpital dans laquelle il avait été trans­féré pen­dant son ago­nie, le méde­cin, sa femme pleu­rant à son che­vet, et quelques autres patients un peu plus loin.

Mais lorsque son regard tomba… sur son propre corps, ce qu’il vit alors devant lui, pas comme dans un miroir, mais pour la pre­mière fois en trois dimen­sions, c’était… lui-même !

Il ne s’était jamais sérieu­se­ment pen­ché sur la pos­si­bi­lité d’une vie après la vie. Décou­vrir qu’il était hors de son ancien corps et qu’il en pos­sé­dait même un nou­veau fut pour lui une expé­rience fulgurante.

Il appela sa femme haut et fort, mais, elle ne l’entendit pas. Il appela les gens alen­tour, mais per­sonne ne réagit, alors que lui-même pou­vait voir tous ceux qui étaient pré­sents et même en avoir une vision glo­bale. Il lui sem­blait en effet connaître leurs pen­sées avant même qu’ils ne les expriment…

 

Mais qu’advient-il après ? Que vivons-nous et qu’apprenons-nous dans le monde de l’au-delà ?Les expé­riences au seuil de la mort comme la rétros­pec­tive de vie, l’aventure du tun­nel, la décor­po­ra­tion, la conscience élar­gie, ainsi que les recherches sur la mort, sont de mieux en mieux docu­men­tées, et on ne peut plus guère dou­ter que cha­cun passe effec­ti­ve­ment par ces diverses étapes à la fin de sa vie.

Les pre­miers pas dans l’au-delà

Après sa mort, celui qui fait ses pre­miers pas dans l’au-delà est encore relié au monde phy­sique s’il était soli­de­ment atta­ché aux choses maté­rielles sur Terre. Une expé­rience de mort immi­nente peut déclen­cher une prise de conscience qui s’accompagne de doute et quel­que­fois de l’amère décou­verte de la Vérité.

ici le réveil d’un homme qui vient de pas­ser dans l’au-delà, et qui assiste à ses propres obsèques :

« Len­te­ment il est réveillé par une voix connue. Il voit le corps qu’il por­tait sur Terre, allongé au milieu des fleurs. Il vou­drait par­tir, mais il lui est impos­sible de se déga­ger de ce corps immo­bile et froid. Il res­sent net­te­ment qu’il lui est tou­jours rattaché.

Mais voici que se fait à nou­veau entendre cette voix qui l’avait tiré de sa som­no­lence. C’est son ami qui parle à quelqu’un. Tous deux ont apporté une cou­ronne et s’entretiennent en la dépo­sant. Per­sonne d’autre n’est près de lui.

Son ami ! Il vou­drait atti­rer son atten­tion et celle de son com­pa­gnon, ce com­pa­gnon qui, avec son ami, fut bien sou­vent cor­dia­le­ment reçu chez lui. Il éprouve le besoin de leur dire que, chose étrange, il est tou­jours en vie, qu’il peut encore entendre ce que l’on dit.

Il appelle. Mais son ami se tourne tran­quille­ment vers son com­pa­gnon et conti­nue à lui par­ler. Or, les paroles qu’il pro­nonce le font fris­son­ner de tout son être. Est-ce là son ami ? Et c’est ainsi qu’il parle de lui à présent !

Atterré il écoute les paroles de ces hommes avec qui il a si sou­vent ri et trin­qué, ces hommes qui ne disaient que du bien de lui lorsqu’ils étaient assis à sa table et jouis­saient de sa demeure hospitalière.

Ils s’en allèrent ; d’autres vinrent à leur tour. Comme il lui était facile à pré­sent de voir les hommes tels qu’ils sont !

Nombre de ceux qu’il avait tenus en haute estime fai­saient main­te­nant mon­ter en lui le dégoût et la colère. En revanche, il aurait volon­tiers serré la main avec gra­ti­tude à cer­tains aux­quels il n’avait jamais prêté atten­tion. Mais il avait beau tem­pê­ter, crier pour mon­trer qu’il était en vie, ils ne l’entendaient pas et ne res­sen­taient pas sa présence.

En grand cor­tège, on accom­pa­gna alors le défunt vers la tombe. Il était assis à cali­four­chon sur son cer­cueil. Empli d’amertume et de déses­poir, il ne pou­vait plus que rire et rire encore ! Mais bien vite ce rire fit à nou­veau place au décou­ra­ge­ment le plus pro­fond, et une grande soli­tude l’envahit. Il se sen­tit las et s’endormit…»

(Mes­sage du Graal tome 2, confé­rence « Décédé.

Les expé­riences de lumière et d’amour : une par­tie de la réalité

Au seuil de la mort, notre conscience per­çoit encore jusqu’à un cer­tain point à tra­vers le corps phy­sique, ce qui se passe sur Terre.

À par­tir de ce poste d’observation, nous cap­tons des scènes du monde de la matière dense, dans laquelle nous ne pou­vons cepen­dant plus inter­ve­nir. Nous pou­vons nous sen­tir aban­don­nés et pous­sés à emprun­ter de nou­velles voies…

Cepen­dant, nous ne sommes jamais véri­ta­ble­ment aban­don­nés, car tou­jours et par­tout dans la Créa­tion – dans la mesure où notre propre orien­ta­tion inté­rieure ne devient pas une entrave – nous pou­vons nous sen­tir protégés.

  Dans les des­crip­tions d’expérience de mort immi­nente, nous enten­dons sou­vent par­ler d’une chaude lumière dans laquelle le mou­rant se sent enve­loppé, et qu’il res­sent comme un vivant amour.  

 De plus, nos liens per­son­nels avec des parents déjà décé­dés peuvent, lors de cette phase de tran­si­tion, nous sou­te­nir ; dans une cer­taine mesure, ils sont là pour aider à notre nais­sance dans l’au-delà.

Un détail est par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant et vaut la peine d’être sou­li­gné : les parents de vies pré­cé­dentes sont recon­nus comme tels, mais ne sont pas iden­ti­fiés grâce à l’apparence cor­po­relle fami­lière qu’ils avaient dans le monde physique.

Ainsi, l’arrière grand-mère ne ren­contre pas son petit-fils sous la forme d’une vieille femme ridée qu’elle avait été dans sa der­nière vie sur Terre, mais dans son vête­ment ani­mique du moment, et il la recon­naît cepen­dant parce que ce vête­ment est impré­gné par son iden­tité personnelle.

Dans les livres actuels et les sémi­naires sur la mort, ou sur les expé­riences de mort immi­nente, on met volon­tiers en avant de façon spec­ta­cu­laire les expé­riences de lumière et d’amour, et il en résulte alors une vue d’ensemble faussée.

On est porté à croire que, lors de son décès, la per­sonne ne fait que l’expérience de la sécu­rité, que sa vie conti­nue parmi ses parents et par­fois des enti­tés lumi­neuses, et qu’elle observe le monde phy­sique d’en haut.

Cette image lumi­neuse, cor­ro­bo­rée par les recherches sur la mort, aide sans doute à com­battre l’angoisse de celui qui est saisi de panique devant la mort et console celui qui est en deuil. Cepen­dant, il est évident que ce n’est là qu’une infime par­tie de la réa­lité, une infime brèche ouverte sur cet autre monde.  

 

L’ensemble des des­crip­tions sur les expé­riences de mort immi­nente ne peut trans­mettre une véri­table connais­sance de la vie dans l’au-delà.

Ce serait une fausse conclu­sion, car tout ce que la recherche sur la mort peut enre­gis­trer se rap­porte tou­jours et uni­que­ment à la période au cours de laquelle il y a encore un lien entre l’âme et le corps. Et dans cette phase se mêlent impres­sions cor­po­relles et expé­riences de l’âme déjà dans l’au-delà, dans une sorte de douche écos­saise émotionnelle.

L’être humain se crée lui-même son ciel ou son enfer

Mais que nous arrive-t-il lorsque la liai­son avec notre corps est défi­ni­ti­ve­ment rom­pue ? Que se passe-t-il après la période de tran­si­tion liée à la vie ici-bas ?

Sui­vant la des­crip­tion de Abd-ru-shin, on peut dire en résumé que nous entrons alors dans notre propre monde intérieur !

En consé­quence, il advient que l’orientation spi­ri­tuelle de l’âme de tout être humain, c’est-à-dire la somme de ses forces, fai­blesses, pré­fé­rences, pen­chants, carac­té­ris­tiques, ver­tus et dépen­dances, amène constam­ment, déjà dans le monde phy­sique, la volonté d’agir et les pen­sées correspondantes.

Celles-ci prennent forme dans le monde de matière sub­tile, par consé­quent dans l’au-delà, et y façonnent ce que nous vivons sur Terre comme étant le monde inté­rieur. En d’autres termes, nous for­mons par notre orien­ta­tion spi­ri­tuelle un au-delà per­son­nel – tout comme dans l’en-deçà, nous for­mons notre domaine de vie confor­mé­ment à nos désirs et nos besoins.

Ainsi lorsque nous mou­rons, nous nous déta­chons évi­dem­ment de la matière dense, mais pas de la matière sub­tile. Nous demeu­rons en outre reliés avec toutes les œuvres de notre pen­sée, for­mées par la force de notre volonté.

Cepen­dant, alors que dans notre vie sur Terre la réa­lité de notre monde inté­rieur de matière sub­tile nous accom­pagne à l’arrière-plan dans nos expé­riences vécues, c’est-à-dire au-delà de l’impression lais­sée par les sens, en ne péné­trant géné­ra­le­ment la conscience diurne qu’en péri­phé­rie, par contre, après le tré­pas, elle se pré­sen­tera à nous comme étant la réa­lité cen­trale de l’expérience vécue, en tant que monde pal­pable visible, audible et tangible.

  On pour­rait donc dire : par les intui­tions et les pen­sées qu’il a entre­te­nues et ren­for­cées pen­dant sa vie terrestre.  

 

Dans ces expé­riences de mort immi­nente, il est maintes fois dit que les amis ou les parents qui sont pré­sents dans le monde de matière sub­tile accueillent les tré­pas­sés, ce qui donne par­fois lieu à des idées sur l’au-delà sans réel fon­de­ment. On déduit de ces récits qu’après la mort, il est donné à tout le monde de coha­bi­ter « pour l’éternité » avec les per­sonnes de son choix.

Tou­te­fois, Abd-ru-shin explique que ce ne sont pas les désirs, les liens fami­liaux ou même les formes d’organisation ter­restre qui déter­minent où vivre et avec qui dans l’au-delà, mais que, c’est la grande loi de l’attraction des affi­ni­tés qui agit de façon déter­mi­nante dans la Créa­tion et qui attri­bue auto­ma­ti­que­ment sa place à cha­cune des per­sonnes décé­dées, dès que le cor­don de liai­son entre le corps et l’âme est dénoué :

« … lorsque ce cor­don de liai­son sera enfin rompu, l’être humain som­brera dans le monde de matière sub­tile pour atteindre un milieu dont la den­sité et la pesan­teur seront équi­va­lentes à la sienne. Il y retrou­vera aussi un grand nombre d’êtres sem­blables à lui-même. » (Mes­sage du Graal tome 2, « La mort ».)

Ceci n’exclut pas, par exemple, que les êtres humains qui sont déjà sur Terre unis par une véri­table affi­nité pour­suivent leur che­min ensemble dans la matière subtile.

Mais ce n’est quand même pas la norme. La loi est que chaque être humain accède inévi­ta­ble­ment au plan de ceux qui lui sont sem­blables, ce qui est par­fois extrê­me­ment heu­reux, mais qui, si l’âme s’est mal orien­tée, peut deve­nir, à la limite, par­ti­cu­liè­re­ment accablant.

En effet, là où ne règne aucune nos­tal­gie de la Lumière, là où il n’y a que manque d’égards pour autrui et gros­sière convoi­tise, là, selon les lois natu­relles, l’être humain aura bien des dif­fi­cul­tés à s’extraire de ces « ténèbres de matière sub­tile » même s’il tra­vaille sur lui-même :

« C’est là une bien triste situa­tion à laquelle une lente matu­ra­tion inté­rieure de l’intéressé, issue d’un déses­poir sans cesse gran­dis­sant, peut seule appor­ter une trans­for­ma­tion pro­gres­sive. Grâce à une nos­tal­gie crois­sante pour la Lumière qui, comme un appel au secours inin­ter­rompu, s’élève d’une telle âme oppres­sée et tour­men­tée, petit à petit un peu de clarté se fait jour autour d’elle … » (Mes­sage du Graal tome 2, « Le royaume des ténèbres et la damnation »)

Ce que l’être humain conserve dans l’au-delà

Notre noyau véri­table est de nature spi­ri­tuelle. Le corps ter­restre offre à l’esprit les meilleures pos­si­bi­li­tés pour recueillir les impres­sions du monde phy­sique et en retour pour agir consciem­ment dans ce même monde, par consé­quent de s’y exprimer.

Lorsque le corps phy­sique se détache au moment du pro­ces­sus de la mort, le corps ani­mique sert alors d’enveloppe exté­rieure à l’esprit. Et ce corps offre aussi à l’esprit, confor­mé­ment à son genre, toutes les pos­si­bi­li­tés d’impression et d’expression dont la conscience spi­ri­tuelle a besoin.

Tout ce qui fait de nous des êtres humains est aussi dis­po­nible dans le monde de l’au-delà : notre capa­cité de vivre des expé­riences, notre force d’intuition, notre besoin d’expression et de com­mu­ni­ca­tion, d’art et de culture, toutes nos apti­tudes et nos qualités.

Nous pou­vons tou­jours – mais cette fois à l’aide des organes de notre corps de matière sub­tile – pen­ser et sen­tir, agir et nous dépla­cer ; notre vou­loir est éga­le­ment en action, et nous conti­nuons à gran­dir en expé­rience et en sagesse.

Ce que nous aban­don­nons avec l’enveloppe phy­sique, ce n’est qu’un fatras issu de connais­sances intel­lec­tuelles, et aussi cha­cun des signes exté­rieurs qui sont si impor­tants pour beau­coup d’êtres humains : le rang et le nom, la fonc­tion et l’honneur, la répu­ta­tion et la gloire, et non ce qui pro­vient de l’expérience vécue personnellement.

Il faut aussi aban­don­ner ses propres com­pé­tences ter­restres et quelques « chères habi­tudes » qui étaient la plu­part du temps plu­tôt gênantes pour accé­der à une vie consciente, et qui de toute façon ne peuvent plus servir.

  La vie après la mort devien­dra donc plus facile pour nous, dans la mesure où nous serons moins accro­chés aux choses super­fi­cielles, et où nous pour­rons davan­tage nous lier à notre spi­ri­tua­lité, qui est un miracle de la Créa­tion, et que nous ne com­men­ce­rons jamais assez tôt à développer…  

 

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