23/02/2013

La conscience existe en dehors du corps — Dr Pim van Lommel

 

 

 

 

Les gens au seuil de la mort racontent de plus en plus leurs expé­riences de sor­tie hors de leur corps. Quelle est la valeur scien­ti­fique de ces rapports ?

Michael Oort a ren­con­tré pour le Monde du Graal le car­dio­logue Pim van Lom­mel, né en 1943, qui a fait sa propre recherche très com­plète sur les NDE(Near Death Expe­riences, en fran­çais : EMI : Expé­riences de Mort Imminentes)

Dr Pim van Lom­mel, vous êtes car­dio­logue et avez étu­dié pen­dant de nom­breuses années ce que nous appe­lons les expé­riences de vie après la mort (NDE). Qu’est-ce qui vous a décidé à vous en préoccuper . 

 

Dr Pim van Lommel

Dr Pim van LommelPim van Lommel : J’ai entendu par­ler des NDE pour la pre­mière fois en 1969. À l’époque, lors des réani­ma­tions, il n’y avait pas de mot pour ce phénomène.

Les pre­miers articles sur le mas­sage car­diaque et le choc élec­trique de défi­bril­la­tion datent de 1962. Les uni­tés de soins car­dio­lo­giques n’ont été créées dans les hôpi­taux qu’en 1967, et ce n’est qu’à par­tir de cette date que les patients en arrêt car­diaque ont pu être réani­més avec succès.

Jusque-là tous les patients qui fai­saient un arrêt car­diaque mouraient !

Monde du Graal : Nous ne connais­sons plus cela de nos jours…

Pim van Lom­mel : J’étais en for­ma­tion quand un patient fut réanimé avec suc­cès. L’infirmière, et moi en tant que doc­teur de ser­vice, nous fûmes heu­reux de ce suc­cès. Cepen­dant, le patient lui fut déçu, et nous raconta ses expé­riences : lumière, tun­nel, musique et pay­sages magnifiques.

Je n’ai jamais oublié sa des­crip­tion, mais je n’ai pas fait de recherches, jusqu’à ce que je lise en 1986 le « Retour de l’au-delà » de George Rit­chie. Il décrit com­ment, alors qu’il étu­diait la méde­cine en 1943, il attrapa une pneu­mo­nie et en mourut.

Un étu­diant fut tel­le­ment hor­ri­fié d’entendre qu’il venait d’être déclaré mort, qu’il per­suada le méde­cin de lui faire une injec­tion d’adrénaline direc­te­ment dans le coeur, ce qui était inha­bi­tuel à l’époque. Plus de 9 minutes après sa mort, George Rit­chie se réveilla, et il put écrire bien plus tard un livre sur les NDE.

Il fit un exposé à l’université, et l’un de ses propres étu­diants, Ray­mond Moody, fut tel­le­ment enthou­siaste qu’il com­mença lui-même à recueillir de tels témoi­gnages. En 1975 il publia à son tour « La vie après la vie », et ce fut lui qui inventa l’expression « NDE ».

Après avoir lu leurs livres, j’ai com­mencé en 1986 à ques­tion­ner sys­té­ma­ti­que­ment mes patients. En deux ans, j’ai ques­tionné envi­ron 50 sur­vi­vants d’arrêt car­diaque et j’ai recueilli 12 récits de NDE.

Puisque, pour la science médi­cale moderne, ces choses étaient impos­sibles, j’ai com­mencé en 1988 avec quelques col­lègues à faire une étude pros­pec­tive sur les NDE, en incluant tous ceux qui avaient sur­vécu à un arrêt car­diaque, et qui seraient morts s’ils n’avaient pas été réani­més dans les 5 à 10 pre­mières minutes.

Sur une période de quatre ans, nous avons inter­viewé 344 patients dans 10 hôpi­taux, en vue de décou­vrir une expli­ca­tion aux NDE.

Monde du Graal : Y a-t-il eu d’autres recherches ?

Pim van Lom­mel : Ensuite, nous avons com­mencé une étude à long terme, dans laquelle les patients furent réin­ter­ro­gés sys­té­ma­ti­que­ment deux et huit ans après leur NDE. Nous avons com­paré ces résul­tats avec ceux d’un groupe de patients qui avaient eux aussi sur­vécu à un arrêt car­diaque mais sans sou­ve­nirs de NDE.

Ainsi nous avons pu déter­mi­ner si les chan­ge­ments de vie effec­tifs accom­plis par les per­sonnes ayant vécu uneNDE étaient liés à l’arrêt car­diaque, ou plu­tôt à la NDE.

  Le résul­tat de cette étude fut publié en 2001 dans le jour­nal « The Lan­cet » et mon­trait que les théo­ries avan­cées pour expli­quer les NDE — le manque d’oxygène, la peur de la mort, les drogues, les hal­lu­ci­na­tions ou même l’affabulation — étaient tota­le­ment fausses.  

Que quelqu’un soit « parti » pen­dant 30 secondes ou 3 minutes, qu’il ait peur de la mort ou non, qu’il connaisse aupa­ra­vant l’existence des NDE ou pas, n’a aucune impor­tance. Même la foi, l’éducation, la race ou le sexe n’entrent pas en ligne de compte.

Une seule chose est remar­quable : la NDE se pro­duit le plus sou­vent avec de jeunes patients et dans le cas où le patient doit être réanimé plu­sieurs fois. Les sta­tis­tiques montrent que la per­sonne qui a déjà fait une NDE est plus à même d’en vivre une autre. Nous avons aussi éta­bli que le patient doit avoir une bonne mémoire pour être en mesure de rela­ter son expérience.

Monde du Graal : Ces décou­vertes contrediraient-elles les attentes que vous aviez en tant que médecin ?

Pim van Lom­mel : Non, car je n’avais aucune attente. Je pou­vais seule­ment éta­blir que toutes les théo­ries qui exis­taient jusqu’à pré­sent étaient fausses et que la science médi­cale moderne n’avait pas d’explication pour les NDE.

Selon les concep­tions actuelles, la conscience est un pro­duit du cer­veau — or, c’est une hypo­thèse qui n’a jamais été prouvée.

Mais presque tous les neu­ros­cien­ti­fiques, psy­cho­logues, et phi­lo­sophes assument ce modèle maté­ria­liste qui pré­tend que la conscience est un sous-produit du cer­veau fonc­tion­nel. Si ce concept était cor­rect, il ne se pro­dui­rait pas de NDE au moment de la perte de conscience, quand le coeur s’arrête, que la res­pi­ra­tion cesse, que les réflexes dis­pa­raissent et que le cer­veau ne répond plus.

Il est pour­tant éton­nant que la conscience soit plus intense et active pen­dant une NDE que durant un état de veille « normal ».

Les sou­ve­nirs sont encore plus nom­breux, ils donnent l’impression qu’on est relié à tout, et ils pro­voquent par­fois des visions du futur. Il est pos­sible de per­ce­voir l’au-delà et ce qui est hors du corps, de ren­con­trer des connais­sances ou des amis décé­dés et même des êtres dont la mort n’était pas connue de l’intéressé.

  Ces gens font l’expérience d’un amour et d’une accep­ta­tion abso­lus, incon­di­tion­nels, et ils font la ren­contre d’une lumière ou d’un être.  

Beau­coup de ces élé­ments sont uni­ver­sels, ils ont été men­tion­nés de tous temps dans l’histoire de l’humanité et dans toutes les cultures, mais nous en enten­dons beau­coup plus par­ler de nos jours parce qu’on sur­vit plus sou­vent aujourd’hui aux arrêts cardiaques.

Des études montrent qu’en Occi­dent 4,2 % des gens ont vécu une NDE ; en France, ils sont 2,5 mil­lions, 3 mil­lions en Allemagne.

Monde du Graal : Pouvons-nous dire que, main­te­nant, il est scien­ti­fi­que­ment prouvé que la conscience humaine existe en dehors du corps ?

Pim van Lom­mel : Oui, je pense que c’est la seule chose que l’on peut véri­fier, mais nous ne pou­vons pas prou­ver qu’elle conti­nue à exis­ter après la mort. Cepen­dant, je main­tiens que c’est très pro­bable, car nous avons mon­tré que les per­sonnes res­tent très conscientes même sans afflux de sang dans le cerveau.

Quand le coeur s’arrête, il y a perte immé­diate de conscience, la cir­cu­la­tion san­guine vers le cer­veau est pra­ti­que­ment nulle en une ou deux secondes. 15 secondes après, le cor­tex céré­bral cesse de fonc­tion­ner ; les réflexes cor­po­rels dis­pa­raissent, l’activité du tronc céré­bral et du cor­tex céré­bral n’existent en effet jamais après un arrêt cardiaque.

Or, para­doxa­le­ment, une conscience encore plus claire est pré­sente et se mani­feste après l’arrêt cérébral.

Monde du Graal : Les maté­ria­listes pour­raient avan­cer que pour ces patients, il existe peut-être une acti­vité céré­brale cachée…

Pim van Lom­mel : Une telle acti­vité qui ne serait pas mesu­rable n’a aucun inté­rêt, car il s’agit d’une acti­vité — selon la science — qui est néces­saire pour expé­ri­men­ter la conscience. Cette acti­vité entre le tronc céré­bral et le cor­tex céré­bral n’a jamais existé dans un arrêt car­diaque, et, je le répète, para­doxa­le­ment, une conscience encore plus claire est pré­sente pen­dant l’arrêt de l’activité cérébrale !

Monde du Graal : Que pensez-vous du concept «âme» ? Pouvons-nous dire que l’âme est le siège de la conscience ?

Pim van Lom­mel : Déli­bé­ré­ment, je n’utilise pas les termes « âme » et « esprit », car cha­cun a sa propre idée à ce sujet, ce qui peut faci­le­ment prê­ter à confu­sion. Je sou­haite sim­ple­ment sou­li­gner que la conscience existe à dif­fé­rents niveaux et que tout est interconnecté.

Monde du Graal : Dans votre nou­veau livre, vous avez écrit que les croyants le deviennent encore plus après une NDE, mais que géné­ra­le­ment ils ne veulent plus avoir affaire à leur Église ?

Pim van Lom­mel : L’Église en tant qu’institution est un ins­tru­ment de pou­voir qui pres­crit ce que les gens doivent sen­tir et pen­ser. Les per­sonnes qui ont vécu une NDE, cepen­dant, ont vécu quelque chose d’intense et réagissent si ce qu’ils entendent ou ce qu’ils lisent ne cor­res­pond pas avec leur savoir intérieur.

Monde du Graal : Dr van Lom­mel, êtes-vous croyant ?

Pim van Lom­mel : Oui, je pense que je suis très croyant, mais je ne me sens pas attiré par une confes­sion par­ti­cu­lière. Les NDE ont aussi forgé et changé ma vie inté­rieure. Les per­sonnes qui ont vécu une NDE ont été mes plus grands maîtres, et je leur suis recon­nais­sant d’avoir volon­tiers par­tagé leur expé­rience avec moi.

Monde du Graal : Reve­nons aux expé­riences de mort appro­chée. Quel est pour vous le fil conduc­teur dans le pro­ces­sus de la mort ? Et qu’est-ce qui change chez les per­sonnes ayant vécu une NDE ?

Pim van Lom­mel : Je pense que le mes­sage prin­ci­pal est que cha­cun meurt comme il a vécu. Si quelqu’un a du mal à lâcher, au cours du pro­ces­sus de la mort il aura des pro­blèmes avec le lâcher prise. Trois choses changent pour les per­sonnes ayant vécu une NDE.

Tout d’abord, toutes les peurs au sujet de la mort disparaissent.

Deuxiè­me­ment, ils consi­dèrent la vie dif­fé­rem­ment, car ils font l’expérience que tout est relié et ont acquis une conscience beau­coup plus vive, ils ont éga­le­ment plus de com­pas­sion pour les autres.

Troi­siè­me­ment, leur intui­tion s’est déve­lop­pée. Par­fois, ces per­sonnes deviennent clair­voyantes, clai­rau­dientes, elles ont des rêves pré­mo­ni­toires et des visions. Dans la plu­part des cas, elles ont du mal à gérer la situa­tion, car elles per­çoivent trop de choses dont elles se pas­se­raient volontiers.

En bref, ces per­sonnes acquièrent une autre per­cep­tion, qui n’est pas liée à l’espace et au temps. Sou­vent, elles ont le don de soi­gner les autres, mais aussi de se soi­gner elles-mêmes.

Par exemple, les patients qui ont été dans le coma ont sou­vent besoin de plu­sieurs semaines avant de pou­voir ren­trer chez eux, alors que quelqu’un qui a vécu une NDE se remet beau­coup plus vite — ce qui est sou­vent incom­pré­hen­sible pour les médecins.

C’est pro­ba­ble­ment parce que ces per­sonnes ont acquis une conscience plus éle­vée qu’elles s’investissent dans les hôpi­taux ou dans les mai­sons spé­cia­li­sées dans l’accompagnement des mourants.

Monde du Graal : Com­ment les gens font-il face en géné­ral à ces changements ?

Pim van Lom­mel : Un tra­vail com­plet sur une NDE peut durer 20 ou 30 ans, car l’expérience prend la per­sonne com­plè­te­ment par sur­prise. Au cours des deux pre­mières années, elle souffre sou­vent de dépres­sion ou d’une sorte de « nos­tal­gie », et il est même pos­sible qu’elle res­sente des choses qu’elle pré­fé­re­rait ne pas per­ce­voir. Si elle peut trou­ver quelqu’un qui l’écoute et accepte l’expérience sans raille­rie, c’est très utile.

Monde du Graal : Si la conscience existe en dehors du corps, est-il conce­vable pour vous qu’elle soit plus tard rat­ta­chée à un autre corps ?

Pim van Lom­mel : Je sup­pose que notre conscience quo­ti­dienne — celle que nous avons lorsque nous par­lons à quelqu’un, comme main­te­nant — est une conscience limi­tée qui fait par­tie d’une plus grande conscience, comme Pla­ton la décrivait.

Après une NDE, les gens constatent qu’il leur manque l’immensité, et qu’ils se retrouvent de nou­veau limi­tés. Cette conscience — appelons-la « non locale » — a tou­jours existé. Toutes nos expé­riences sont ancrées et sto­ckées dans cette conscience plus vaste. Je pense aussi qu’il y a des par­ties qui peuvent être réunies dans un corps, mais que ce n’est pas Pim qui revient.

Néan­moins ce n’est pas une ques­tion que j’ai étu­diée scien­ti­fi­que­ment. Je ne suis pas sûr de ce que j’avance, et par consé­quent je n’écris pas sur ce sujet.

Monde du Graal : Votre der­nier livre a été un suc­cès en Hol­lande. Com­bien en avez-vous vendus ?

Pim van Lom­mel : C’est main­te­nant la dixième édi­tion et 84 000 exem­plaires ont été ven­dus. C’est le pre­mier best-seller qui ne soit pas de la fic­tion, et il fait par­tie des dix meilleures ventes ces der­niers six mois. Il est très recom­mandé et offert en cadeau.

Je reçois un grand nombre de réac­tions de phi­lo­sophes et de théo­lo­giens. Il semble four­nir de bons conseils dans la détresse, pour les per­sonnes qui ont perdu un conjoint et qui cherchent des réponses. Beau­coup par­tagent leur his­toire avec moi parce qu’ils ont confiance et savent que je ne les rem­bar­re­rai pas. Mal­heu­reu­se­ment, la mort est encore tabou dans la société.

Les NDE ne sont pas accep­tées dans notre culture occi­den­tale, contrai­re­ment, par exemple, à l’Inde, l’Afrique ou chez cer­taines popu­la­tions indigènes.

  Le sujet ne colle pas avec notre concep­tion maté­ria­liste du monde et la science joue aujourd’hui le même rôle que l’Église il y a trois ou quatre siècles. Ce qui ne rentre pas dans le cadre géné­ral est banni, rabaissé, ridi­cu­lisé, refusé ou méconnu.  

Monde du Graal : Quelles sont les ques­tions qui vous inté­ressent en ce moment ? Quels sont vos pro­jets de recherche pour le futur ?

Pim van Lom­mel : Je crois que je suis sur une piste dont je n’ai pas trouvé le bout. De nom­breuses ques­tions res­tent encore ouvertes, et en s’interrogeant, on progresse.

Par exemple, une ques­tion très inté­res­sante pour moi est le rôle de l’ADN dans notre conscience. Com­ment les cel­lules communiquent-elles avec le coeur ? L’activité céré­brale peut être mesu­rée dans le cer­veau, celle du coeur dans chaque cellule !

Il y a encore tel­le­ment de choses que je ne connais pas ! Mais c’est un bon sen­ti­ment, car il me rend humble. Il est bien de savoir que mon livre est dans les meilleures ventes et aide les gens. C’est magni­fique d’être capable d’aider ; je ne peux pas faire moins que cela.

Je crois que la tha­na­to­lo­gie confirme scien­ti­fi­que­ment les expé­riences per­son­nelles et les connais­sances de beau­coup de gens. C’est pri­mor­dial dans la culture occi­den­tale, car intui­ti­ve­ment « nous savons » ou nous croyons en quelque chose — mais nous avons besoin d’une confir­ma­tion. Recon­naître sa propre expé­rience à tra­vers la lec­ture de mon livre est éga­le­ment très important.

Monde du Graal : Merci beau­coup pour ces échanges enrichissants.

Car­dio­logue et cher­cheur sur la mort Pim van Lom­mel a été car­dio­logue à l’hôpital Rijns­tate, de Arn­heim, de 1977 à 2003. Depuis il a fait des confé­rences inter­na­tio­nales sur les NDE et sur

 les rela­tions entre conscience et cer­veau. En savoir plus sur les NDE.

 

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